« Monsieur le Recteur,
La journée d’hier a été marquée par une nouvelle mobilisation des enseignants, légitimement inquiets des conditions dans lesquelles ils sont amenés à exercer leur métier.
En effet, à nouveau, la rentrée prochaine verra la suppression de 16 000 postes d’enseignants en France, dont 9000 pour les seules écoles primaires.
Avant même cette nouvelle coupe franche dans les effectifs, 50 000 postes d’enseignants ont été supprimés depuis 2007, sans compter la fermeture des RASED pour les enfants en difficultés, ou encore la baisse du nombre de personnels non-enseignants et leur précarisation.
Certes, la situation est « moins défavorables qu’ailleurs en Isère », comme le déclare un de vos inspecteurs. Mais doit-on se féliciter d’un « moins favorable », car nous aurions droit à un unique enseignant de plus. Qui peut accepter un mention « passable » quand il s’agit de l’éducation de nos enfants ? Et que dire de l’ambition de l’Education Nationale, quand un rectorat en est à se féliciter d’être moins victimes que les autres ?
Cette situation est d’autant plus paradoxale, pour ne pas dire ubuesque, que la démographie scolaire explose avec 1 874 élèves de plus dans l’académie dans le premier degrés et 4 544 dans le secondaire. Etrange mode de calcul : plus de 6 400 élèves supplémentaires, et pourtant ce sont 40 postes que l’on retire.
Je regarde avec stupeur l’état dans lequel est mis notre Education Nationale. Tous nous pouvons imaginer les conditions dans lesquelles enseignants et élèves sont mis, alors que pourtant on demande plus d’engagement pour les premiers et plus de résultats pour les seconds.
Le dernier rapport PISA de décembre 2010, qui évalue à l’échelle internationale les résultats des élèves, éclaire avec lucidité les conséquences des choix politiques actuels.
La proportion des élèves « les moins performants en compréhension de l’écrit » est passée de 15% à 20%. Est également précisé que dans notre pays le déterminisme social joue pour 28 % dans les résultats, alors qu’il n’est que de 14 % dans d’autres pays. Dernier chiffre : les classes de sixième comptent aujourd’hui 55% de fils d’ouvriers et 15% de fils de cadres ; dans le supérieur, et notamment en classe préparatoire, cette proportion s’inverse.
Les Républicains doivent avoir une autre ambition pour l’école, et je ne doute pas de la vôtre, vous qui devez subir les pressions du ministère qui attend « du chiffre ».
Je vous demande tout de même, Monsieur le Recteur, de bien vouloir user de toute votre influence auprès de votre hiérarchie, pour faire comprendre que le seul moyen de résister à la crise économique et sociale qui nous menace, c’est de faire le choix d’un enseignement de qualité pour tous. Avec plus de 30 élèves par classe, on est loin d’y arriver, alors que toutes les études montrent que c’est l’accompagnement personnalisé des enfants qui permet leur réussite.
Plus précisément, je vous demande de bien vouloir revoir la politique de suppression de postes qui est engagé dans notre académie et d’engager avec les enseignants et les parents d’élèves qui eux aussi sont particulièrement inquiets du devenir de l’école de la République, un vrai dialogue sur les moyens dont a besoin l’école, permettant d’avoir une vraie ambition pour nos enfants.
Je vous prie de croire, Monsieur le Recteur , en l’assurance de mes sentiments les meilleurs
Jean-Claude COUX
Conseiller général du canton de Vinay »

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